Pascal Deguilhem
   

Voeux 2012


Jeudi 19 janvier, j'ai présenté mes vœux à mes concitoyens, à Saint-Astier.
Voici mon discours.



Voeux 2012
Monsieur le Maire, merci de nous accueillir une nouvelle fois ici à Saint-Astier, au cœur de la circonscription dans cette Fabrique aux fonctionnalités multiples, mais dont les murs sont toujours imprégnés de la culture ouvrière de ce territoire. Merci aux élus de la commune ainsi qu'aux personnels, toujours accueillants et disponibles et puis merci à celles et ceux qui m'ont aidé à préparer cette rencontre annuelle.
Cela fait bientôt 5 ans maintenant que je m'interroge à cette même période lorsque je m'apprête à écrire quelques lignes pour cette rencontre habituelle. Quels contenus retenir, quelle tonalité prendre ? Ce ne peut être bien sûr jamais la même chose puisqu'on ne peut formuler des vœux sans tenir compte du contexte.
Le contexte est difficile, chacun ici le sait bien, et je serais enclin à dire comme me l'écrivait il y a quelques jours un collègue et ami : « dans les temps difficiles la bonne année ne se souhaite pas elle se mérite »... mais je crois là qu'il évoquait plus particulièrement l'année 2012 !
La formule est sans doute excessive car il y a les vœux que l'on peut adresser à tous et à chacun à la fois, en amitié ou tout simplement par politesse, comme l'occasion m'en est donnée ici ce soir.
Pour un parlementaire, l'exercice est singulier parce qu'il s'adresse à chacun d'entre vous dans le respect de ses différences, pour autant le message qu'il délivre doit être porteur de sens pour tous.
Chacune, chacun d'entre nous doit avoir sa part d'accomplissement et de bien être, donc de santé et de bonheur, c'est ce que je vous souhaite . Chacune, chacun d'entre nous doit pouvoir participer réellement au vivre ensemble dans une société du partage plutôt que de l'appropriation et de l'exclusion, c'est ce vers quoi nous devons tendre. Au delà d'une simple formulation de vœux , ce doit être avant tout l'affirmation d'une volonté.
Plus que jamais auparavant, dans les temps agités que nous connaissons, proches ou éloignés, il dépend de nous et de nos actions de protéger ce vivre ensemble, de préserver la démocratie, ce bien commun miné par le scepticisme, le sentiment d'abandon et la dégradation du climat politique.
Nous avons assisté en 2011 au printemps arabe, au printemps des libertés de peuples en souffrance, engagés sur le difficile et fragile chemin de la démocratie. En l'espèce notre nation a souvent servi d'exemple, ce qui nous donne une responsabilité particulière pour soutenir les peuples en marche vers la transition et l'expérience démocratique ; mais cela nous confère aussi un devoir d'exemplarité et de modestie sur ce terrain là.
Mais d'autres événements, proches de nous, doivent aussi retenir toute notre attention : Alors même qu'elle vient juste de présider l'Europe, la Hongrie, par ses dirigeants pourtant démocratiquement élus vient de s'engager sur la voie obscurantiste de l'extinction des libertés, de la mise au pas des médias, de l'abandon constitutionnel de la République.
Là bas, avec la légitimité de l'habillage démocratique, mais ailleurs aussi, ce sont la violence sociale et le nationalisme qui menacent la République et ses fondements démocratiques.
Certes, chacun dans nos engagements républicains, philosophiques, spirituels, nous n'avons pas attendu 2012 pour réfléchir à cette question essentielle de notre vivre ensemble.
Mais cette année, plus que d'autres, parce qu'elle sera une année de choix décisifs nous y invite particulièrement.
Ce sera donc pour une part l'objet de mon propos car le temps de la confrontation démocratique, de la confrontation des idées, des projets, se déroulera dans un contexte politique, social, économique et environnemental dégradé. Cela me préoccupe, cela nous préoccupe.
Cela suscite des tentations de la part de citoyens, d'électeurs, souvent issus des classes populaires, donc les plus modestes. Ces tentations extrémistes, dues à la désespérance, ne peuvent être une solution pour eux.
Il n'y a aucune solution dans les propositions économiques irréalistes de l'extrême droite et aucun salut dans le repli derrière des frontières hérissées de barbelés.
Mais si l'extrémisme n'est pas digne des valeurs de notre pays, notre devoir est de redonner l'espoir à ceux qui l'ont perdu.
Je ne vais pas faire ici une analyse simpliste d'une situation complexe ; je veux simplement rappeler quelques évidences ; celles que je constate chaque jour dans ma position de parlementaire, d'élu local ou plus simplement de citoyen attentif au monde qui l'entoure.
Davantage de nos concitoyens souffrent dans leur vie de tous les jours. Qui peut le nier ?
Le chômage est au plus haut et notre département n'échappe pas à ce mal lancinant de notre société. 26000 demandeurs d'emploi à la fin de l'année 2011 en Dordogne, 1 million de plus en France en 5 ans. Parmi les demandeurs d'emploi, de nombreux jeunes ; 1 jeune sur 4 en situation de travailler est aujourd'hui tenu en marge. Les emplois disparaissent au gré des fermetures d'entreprises et des délocalisations industrielles ; 400.000 emplois industriels perdus depuis 2007. Ce fut le cas encore cette année dans cette circonscription qui aura encore perdu des emplois de production et pour nombre d'entreprises une absence de visibilité, comme pour les ateliers SNCF de Périgueux et de Chamiers par exemple.
Qu'a-t-on fait pour inverser la courbe du chômage ? On a détricoté les 35h alors que c'est en période de crise qu'il faut partager le travail, on a exonéré de charges les heures supplémentaires, on a privilégié les grands groupes au détriment des PME /TPE créatrices d'emplois, on s'est attaqué au code du travail, on a érigé en norme le contrat précaire. Le bilan est loin d'être à la hauteur des attentes qu'avait fait naître en 2007 le slogan présidentiel.
Face à cette situation, le Service Public de l'Emploi aurait mérité davantage d'attentions. Bien au contraire, sa capacité à agir a encore été réduite. Les 1000 emplois annoncés hier sont une annonce bien tardive.
Malheureusement celle ci durera tant que la croissance sera au plus bas.
La souffrance des plus modestes , c'est la hausse des prix et des taxes qui amputent un pouvoir d'achat déjà faible. Les prix de l'énergie : l'électricité, le gaz (en 18 mois l'augmentation aura été de 25%), les carburants indispensables aux déplacements en zone rurale ; l'augmentation des loyers pèsent de façon insupportable sur les ménages au point qu'aujourd'hui trop de nos concitoyens n'ont plus accès à ces biens essentiels.
L'éventuel prochain relèvement de la TVA ne viendra que renforcer la baisse de la consommation et n'atténuera pas notre déficit commercial démesuré.
Certes, depuis 2008 , il y a la crise. Elle est profonde. Elle est le produit de la mondialisation débridée, de l'arrogance et de la cupidité des élites financières, du libéralisme effréné et de la spéculation.
Mais, au delà de la crise, il y a aussi une politique nationale souvent injuste et stérile qui a creusé les écarts et abandonné un nombre croissant de nos concitoyens. La pauvreté croît dans notre pays, le sentiment d'insécurité aussi. Peu nombreux sont celles et ceux qui pensent aujourd'hui que leurs enfants vivront mieux qu'eux demain.
Les outils destinés à assurer une certaine forme d'égalité entre les citoyens ont été aussi profondément attaqués au cours de cette mandature. Je veux parler des Services Publics...ce qui n'est encore pas un gros mot !
L'école, l'hôpital, la justice ont été affaiblis. Je prends l'exemple de l'éducation qui questionne directement l'avenir de nos enfants.
Rarement, en si peu de temps, l'école de la République aura été aussi malmenée par ceux qui nous gouvernent.
La prochaine livraison de la carte scolaire, en Dordogne, comme ailleurs (peut-être plus qu'ailleurs avec un nouveau retrait envisagé de 45 postes à la rentrée prochaine), illustre bien cela en confirmant l'application de cette règle absurde du non remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant en retraite.
Cette politique néfaste pour l'avenir de nos enfants, entamée en 2008, a des conséquences directement mesurables : fermetures de classes –( il y en aura cette année) , augmentation du nombre d'élèves par classe –( c'est une réalité), baisse du taux de scolarisation des moins de 3 ans, suppression progressive des Réseaux d'Aide Spécialisée aux Elèves en difficulté. Que dire des remplacements qui dans notre département sont de moins en moins assurés, aggravant de fait une situation déjà inégalitaire ?
Alors que 150.000 jeunes quittent annuellement le système scolaire sans diplôme ou qualification professionnelle, cette politique d’appauvrissement de l'école publique a des incidences sociales majeures car elle pénalise en premier lieu les élèves issus des milieux défavorisés.
Comble du raffinement de l'économie idéologique, la formation des maîtres a été sacrifiée par une réforme bâclée et irresponsable.
Pour accomplir un métier difficile, les jeunes enseignants recrutés sont aujourd'hui mis devant des élèves sans avoir reçu de formation professionnelle avec les conséquences envisageables en terme de réussite scolaire pour les élèves qui leur sont confiés. On ne peut apprendre à enseigner sur le tas ! L’échec de cette réforme étant avéré, la seule réponse d'ajustement est le recrutement d'enseignants par Pôle Emploi et une précarisation aggravée des personnels.
Rien n'aura été épargné à l'école au cours de cette mandature : dégradation de l'enseignement professionnel public par la réduction du temps de formation, réduction des moyens alloués à l'enseignement primaire, disparition de la formation continue des enseignants, ghettoïsation des établissements les plus défavorisés avec la fin de la carte scolaire ; jusqu'à la contestation de la place dans la transmission des savoirs.
Tous ces choix, toutes ces régressions ont pour conséquence d'engager le service public de l'éducation sur une voie inégalitaire, de remettre en cause ses missions au service de la réussite de tous les élèves fondées sur la laïcité, l'unicité et la gratuité.
Je me suis opposé à tous ces mauvais choix avec la conviction chevillée au corps qu'on ne peut engager les réformes nécessaires de l'école en commençant par la priver de moyens.
De la même façon, pour ce qui concerne la sécurité et la prévention , on ne peut demander par exemple toujours plus aux forces de gendarmerie en zone rurale, alors même que les effectifs des communautés de brigade sont amputés. C'est le cas en Vallée de l'Isle. J'en profite pour rendre hommage à l'engagement de tous les jours des forces de sécurité et de secours dont je salue ici les représentants, officiers et sous officiers. J'ai aussi une pensée pour nos forces armées, engagées sur des terrains difficiles alors même que la représentation nationale n'a pas été consultée et n'est pas tenue informée.
Nos services publics, notre fonction publique, qu'elle soit d'Etat, hospitalière ou territoriale est de grande qualité et ce sont avant tout des femmes et hommes qui en assurent la pertinence et l'efficacité. On peut construire des places de prison en grande quantité comme il vient d'être décidé par le Président de la République (+20,000), cela ne remplacera pas les personnels qui font défaut pour l'accompagnement social indispensable et la réinsertion professionnelle tout aussi indispensable des détenus. Cela n'améliorera pas les conditions de travail difficile des personnels pénitentiaires.
Les coupes sociales, l'injustice fiscale, marqueur indélébile de cette législature n'auront pas permis d'éviter le creusement abyssal de la dette et la dégradation inquiétante de nos comptes publics.
Je n'éprouve aucune satisfaction à pointer les échecs, l'abandon des promesses, l'angoisse sociale qui s'est installée, la dépression économique qui dure.
Quels secteurs, quelles activités auront échappé au malaise qui s'est renforcé en 2011 ? Je n'en connais guère.
Ni l'agriculture qui cette année encore, avec des conditions climatiques peu favorables, n'a pas trouvé les soutiens nécessaires dans de nombreuses filières en souffrance : les producteurs de lait, les éleveurs, les producteurs de fruits et légumes ; pour ne citer qu'eux.
Ni les collectivités locales, dont l'Etat pour la 3ème année consécutive a gelé les dotations. Cela se traduit par une baisse de celles ci pour les 2/3 des communes. C'est une faute lorsque l'on sait que les collectivités sont un levier essentiel pour soutenir l'économie et plus particulièrement nos entreprises locales. Cette faute est aggravée par un système bancaire qui ne joue plus son rôle de préteur tout en continuant allègrement à verser des dividendes inconvenants.
Notre justice pas davantage, abreuvée de lois sécuritaires quand la prévention a été abandonnée.
Ce n'est pas non plus notre système de santé, médecine de ville comme hospitalière, qui a de plus en plus de mal à répondre aux besoins des populations : déserts médicaux, urgences hospitalières saturées..mais aussi déremboursements, dépassements d'honoraires. L'assurance maladie a été considérablement affaiblie.
Dès lors, comment s'étonner que 8% de la population ait renoncé totalement à se soigner faute de moyens et que la prise en charge médicale devienne compliquée en zone rurale, en particulier.
De ces échecs naissent la perte de confiance, la dégradation (et cela ne concerne pas que la note souveraine de la France!) et le renoncement.
Il y a le constat, il est sévère tout en se voulant objectif. Je le fais en responsabilité face aux échéances électorales de cette année 2012. Elles sont à la fois présidentielle et législative. Je suis candidat à la seconde !
Je vais en dire quelques mots maintenant en ayant à l'esprit que ce serait mentir que de faire de belles promesses impossibles à tenir.
L'année qui s'ouvre sera selon toutes vraisemblances très difficile, il faut dire la vérité, c'est une histoire de confiance entre l'électeur et l'élu. C'est en même temps une question de morale, chose qui a sans doute beaucoup fait défaut ces dernières années, c'est aussi une question de courage quand on a la légitimité donnée par les citoyens.
Il faudra de la volonté ; face aux difficultés, elle est indispensable. Le retour de la confiance, de la croissance ; la réduction des inégalités, une répartition équitable des richesses dans le rétablissement des comptes publics ne résulteront pas de propos incantatoires mais de choix décisifs. Il faudra de la volonté pour maîtriser la finance.
Il faudra de la volonté aussi pour relever en même temps 3 défis sur la question énergétique et environnementale :
- diminuer notre dépendance à une seule énergie, qu'il s'agisse du pétrole pour les transports ou du nucléaire pour l'électricité,
- maîtriser nos émissions de CO2 pour retarder le réchauffement climatique,
- atteindre ces objectifs sans précariser les ménages et fragiliser les entreprises.
En adoptant cette année son plan climat énergie territorial, notre département apporte sa contribution à une transition énergétique sûre, efficace et durable.
Il faudra de la justice.
En 2007, au début de la législature, la majorité avait mis en place le bouclier fiscal pour protéger les plus fortunés. En 2011 elle l'a abandonné tout en réduisant considérablement l'impôt sur la fortune. Toujours plus pour les uns, toujours moins pour de nombreux autres, c'est une faute !
Quand il n'y a pas d'équité, il n'y a pas de justice .La justice c'est une société qui ne tolère aucun privilège. Dans tous les domaines, l'éducation, la santé, les retraites, la sécurité, les revenus, seuls des efforts équitablement répartis nous permettront de sauver notre pacte social.
2012 sera une belle année si on redonne de l'espoir à notre jeunesse., sur le terrain de la formation, de l'emploi, de l’accès au logement donc à l'autonomie qui lui est refusée aujourd'hui, c'est prioritairement dans sa direction qu'il faudra agir....sans attendre !
C'est sur ces choix là que chaque électeur(trice) sera appelé(e) à se prononcer au mois de mai puis au mois de juin . Ils nous concernent, ils concernent les générations qui viennent.
Le choix que je soutiens pour l'élection présidentielle, c'est celui qui permettra de rétablir la confiance, c'est le choix du changement et de l'alternance, j'y mettrai tout mon engagement.
Avant d'en terminer je veux adresser des vœux amicaux au monde du sport en cette année olympique et paralympique qui verra, je l'espère, plusieurs sportifs de Dordogne défendre les couleurs de la France. Je souhaite que leur engagement soit aussi couronné de succès.
Mais comme le dit Saint-Exupéry « pour ce qui est de l'avenir, il ne s'agit pas de le prévoir mais de le rendre possible »

Alors bonne année à toutes et tous et bons combats pour 2012 !