Pascal Deguilhem
   

Non à l'obligation aux communes de financer l'enseignement privé!


Dans le cadre du débat sur la parité de financement école publique / école privée pour les élèves scolarisés hors de leur commune de résidence, je suis intervenu hier, 28 septembre, dans l'hémicycle au cours du débat général,
voici l'intégralité de mon intervention.



Non à l'obligation aux communes de financer l'enseignement privé!
M. le président. La parole est à M. Pascal Deguilhem.

M. Pascal Deguilhem. Monsieur le président, monsieur le ministre, madame la présidente de la commission, monsieur le rapporteur, chers collègues, nous arrivons au terme de la discussion générale et, même si on l’a maintes fois rappelé, j’insiste sur le fait que notre priorité reste de mettre fin à nos désaccords sur l’interprétation de l’article 89 de la loi du 13 août 2004. Aux risques induits par ce flou juridique, nous préférons bien entendu un cadre législatif sûr, juste et équilibré, comme l’a encore rappelé récemment l’arrêt du tribunal administratif de Dijon, qui a mis à mal l’accord conclu entre l’AMF, que vous présidez, monsieur Pélissard, et le secrétariat général de l’enseignement catholique. Or le présent texte, qui tend à garantir la parité de financement entre les écoles publiques et privées sous contrat d’association lorsqu’elles accueillent des élèves scolarisés hors de leur commune de résidence, est trop déséquilibré pour être juste.




M. Jacques Pélissard. Quand il n’y a pas d’école !




M. Pascal Deguilhem. Tout à fait. Le dispositif proposé, adossé au principe de parité, sur lequel je reviendrai, prévoit qu’une commune aura à verser une contribution pour une classe élémentaire d’un établissement privé sous contrat dans tous les cas où elle aurait dû la verser pour une classe du service public d’enseignement. Cependant, les modalités que vous avez retenues pour encadrer cette obligation de contribution ne sont pas tout à fait les mêmes. Et la différence est importante…




M. Marcel Rogemont. Exactement !




M. Pascal Deguilhem. …car, en instituant une obligation de financement sans accord préalable de la commune de résidence…




M. Marcel Rogemont. Ce n’est pas normal !




M. Pascal Deguilhem. …vous faites une nouvelle concession à l’enseignement privé par la création d’un véritable « chèque éducation », cela dit sans vouloir rallumer une quelconque guerre scolaire. M. Vanneste nous en a donné un aperçu. Pour le service public, un accord préalable de la commune de résidence doit répondre à des critères dérogatoires définis. Pour le privé, rien de cela : on oblige, sans autorisation préalable, ces mêmes communes de résidence à prendre en charge les exigences des parents qui refusent le service public et scolarisent leurs enfants dans le privé hors de la commune. Au nom de la liberté d’enseignement, on piétine la libre administration des communes.



Jusqu’à présent, le financement des établissements privés résultait d’un contrat passé entre une école, sa commune d’implantation et l’État. Demain, si votre proposition de loi recueille une majorité de voix, pour la première fois les communes de résidence financeront, au titre de la liberté d’enseignement, la scolarité d’enfants fréquentant une école privée hors de leur territoire. Votre texte transforme le principe de liberté d’enseignement, qui n’impliquait jusqu’alors aucun financement public, en principe d’obligation de financement contraire aux textes fondateurs de l’école de la République, de l’école de Jules Ferry, outrepassant de loin la loi Debré de 1959. Cette loi, pourtant, consacrait déjà, à mon sens, une logique discriminatoire et dispendieuse en mettant à la charge des communes les dépenses de fonctionnement des écoles privées sous contrat implantées sur leur territoire, et elles seules. Cela ne suffisait pas et vous voulez créer de nouvelles obligations en instituant un droit d’accès au budget municipal, en imposant à la commune de résidence le paiement de la scolarité dans une école privée d’une autre commune. De la sorte, vous instituez une relation marchande entre les usagers et la commune, relation fondée sur le principe de la liberté d’enseignement. Toutefois, M. Cardo l’a rappelé, une telle relation marchande, même parée des atours du principe de parité, est une pratique dangereuse. En garantissant la parité, vous reconnaissez en effet de fait une mission de service public aux écoles privées, qui sont pourtant des établissements n’ayant aucune des obligations des écoles publiques – laïcité, obligation d’accueil de tous les élèves, continuité du service et gratuité pour les familles.




M. Christian Vanneste. N’importe quoi ! Vous n’y connaissez rien !




M. Pascal Deguilhem. Voilà la réalité, une réalité dangereuse, j’insiste, car en encourageant, par ce régime de faveur, la scolarisation dans des écoles privées, vous privilégiez les choix particuliers par rapport à l’intérêt général.




M. Christian Vanneste. C’est une insulte pour ceux qui travaillent dans les écoles privées !




M. Pascal Deguilhem. Elle est dangereuse pour des secteurs où l’enseignement public est déjà fort fragilisé – dans les banlieues difficiles comme dans les territoires ruraux, et je parle en connaissance de cause. Comme nombre de collègues maires de petites communes, je me suis efforcé, pendant plus de vingt ans, de trouver des solutions dans l’école et autour de l’école pour défendre les classes. En créant un regroupement pédagogique intercommunal, nous avons restructuré les classes, nous avons créé des garderies puis, dans la foulée, des centres de loisirs …




M. Jacques Pélissard. Et alors ?




M. Pascal Deguilhem. …nous avons adapté les transports pour rendre le meilleur service possible aux parents, qui travaillent pour la plupart en dehors de la commune ; nous avons créé de nouveaux restaurants scolaires ; enfin, nous avons mis à la disposition de l’école publique le personnel nécessaire. Ce n’est pas tout : chaque fois qu’une demande de dérogation nous a été faite, nous nous sommes efforcés de trouver une solution permettant la scolarisation de l’enfant au sein de l’école publique de la commune. Oui, nous avons chaque fois bataillé pour maintenir dans nos communes l’école publique, laïque et gratuite.




M. Jacques Pélissard. Le texte n’y changera rien !




M. Pascal Deguilhem. Mais si !




M. Jacques Pélissard. Le texte est fondé sur le principe de liberté !




M. Pascal Deguilhem. Mais non ! Vous proposez la liberté pour les uns et des obligations pour les autres ! Vous comprendrez aisément, monsieur le ministre, notre opposition à ce principe de parité qui n’en est pas un puisqu’il crée des conditions plus favorables pour les écoles privées. 






M. Frédéric Reiss, rapporteur. Mais non !




M. Pascal Deguilhem. Au nom de la liberté, dites-vous, mais où sont l’égalité et la liberté de choix pour les enfants et les parents des communes qui seront contraintes de fermer demain leur école malgré les efforts déployés, faute de moyens ?




M. le président. Je vous remercie de bien vouloir conclure, mon cher collègue.




M. Pascal Deguilhem. Le texte ne va pas dans le bon sens. Depuis plus d’un siècle, depuis la répartition proportionnelle scolaire de 1905 jusqu’à la parité public-privé que vous proposez, les députés socialistes se sont toujours opposés à ce qu’ils considéraient comme de mauvais coups portés au service public d’éducation. À moins que vous ne repreniez plusieurs de nos amendements, nous resterons fidèles à ceux qui nous ont précédés sur ces mêmes bancs.