Pascal Deguilhem
   

Lettre ouverte à Monsieur BATA


A Monsieur BATA, Président du Groupe Bata



Lettre ouverte à Monsieur BATA
Monsieur le Président,

Vous venez de décider la fermeture définitive des portes de l’usine Marbot Bata à Neuvic sur l’Isle mettant ainsi un terme à l’histoire de la chaussure en Vallée de l’Isle.


En prenant cette décision, vous plongez 73 familles dans l’inquiétude du lendemain (après-demain dans la précarité), vous éteignez définitivement l’espoir d’une reprise d’activité longtemps entretenu.


Parmi ces salariés, la plupart d’entre eux (elles) ont donné 30 à 40 ans de leur vie pour assurer la prospérité de votre groupe ; ils ont acquis des savoirs faire irremplaçables, ils ont accepté des conditions de travail souvent peu enviables.


Ils (elles) se doutaient bien depuis plusieurs mois que cela finirait ainsi, fallait-il pour autant qu’ils s’y résignent ?


De nombreux paramètres ont concourus à cette issue fatale.


Ceux que l’on connaît : vieillissement des outils de production, efforts de création inexistants, recherche de diversification insuffisante, pas d’investissements.


Ceux que l’on ne connaît pas : la réalité des chiffres et en particulier les résultats et profits du groupe qui ne sont pas publiés, la stratégie de la famille Bata, la réalité de la part d’une production toujours plus délocalisée.


Votre fortune monsieur Bata s’est bâtie sur la production de la chaussure, en particulier en France, dans des unités de fabrication jugées aujourd’hui non rentables.


Les salariés que vous licenciez aujourd’hui ne vous ont jamais maltraité, ils ont défendu leur outil de travail et ils attendent seulement de vous des propositions de départ respectueuses de leur engagement et de leur dignité.


Cela ne semble pas être votre intention, comme d’ailleurs en 2001 à Moussey (Moselle), où vous n’aviez proposé aux 500 salariés licenciés que le minimum légal.


Votre honneur, monsieur Bata, serait de proposer un plan de pré-retraite aux 7 à 8 salariés proches de la retraite, une indemnité de préjudice décente égale pour tous les salariés, la mise en place rapidement d’une cellule de reclassement avec les moyens nécessaires.


La dignité, monsieur Bata, ne fait pas bouillir la marmite, mais au moins elle permet de rester debout.


Dans l’attente, je vous prie de croire, Monsieur le Président, à mes sentiments les meilleurs.