Pascal Deguilhem
   

Les premiers secours au Brevet des collèges


Cet après-midi, 6 octobre 2011, je défendrai une proposition de loi que je présente avec mes collègues socialistes pour instaurer une épreuve des Premiers Secours au Brevet des Collèges.
Voici mon intervention.



Les premiers secours au Brevet des collèges
"M le Président, M le Ministre, M le Rapporteur, chers collègues,

La PPL dont nous débattons aujourd'hui, bien que réduite dans son intitulé à la modification de l'examen national du Brevet concerne en réalité l'ensemble de la population de ce pays.
Nous faisons à travers ce texte une proposition visant à réduire notre incapacité à faire qu'une majorité de citoyens soient formés aux premiers secours.
Non pas tant parce que le législateur ne se serait pas penché sur la question. Ce n'est pas vrai. Plusieurs textes au cours des législatures écoulées ont été adoptés ; qu'il s'agisse de santé publique ou de modernisation de la sécurité civile, instaurant dans les établissements d'enseignement une obligation de formation aux gestes destinés à sauver des vies.
Le code de l’Éducation prévoit aujourd'hui cette formation dans les collèges et lycées. Dans son Bulletin Officiel, l’Éducation Nationale précisait déjà en 1997 les contours de cette formation dans le cadre de l’Éducation Civique pour permettre de développer dès l'école un véritable esprit de solidarité.
D'autres que le législateur, par la voie de grands organismes, comme la Croix Rouge par exemple, ont beaucoup fait pour promouvoir l'apprentissage des gestes qui sauvent.
Et si la belle ambassadrice Adriana Karembeu, a pu participer à faire bouger quelque peu les chiffres à la hausse, rien fondamentalement n'a changé.
Trop peu de Français, comparativement à des pays européens particulièrement en pointe sur la question, sont initiés aux premiers secours.
Et pourtant, nous le savons bien, nous sommes tous concernés.
En France, on estime que la survie, suite à un arrêt cardiaque (par fibrillation ventriculaire) pourrait passer de 3 % à 30% si l'alerte et les gestes de premiers secours étaient apportés de façon précoce.
Cela nous interroge d'autant plus que dans près de ¾ des cas ces accidents cardiaques ont lieu en présence de personnes dont on peut regretter qu'une seule d'entre elles sur 10 est en capacité de réaliser les premiers gestes et de déclencher les secours.
Cela est rappelé très précisément dans l'exposé des motifs de la PPL 3433 déposée au mois de mai dernier par une centaine de députés de la majorité :
« de la rapidité des secours et de la qualité des premiers gestes effectués dépend souvent l'avenir d'une victime. Or rares sont ceux qui connaissent les gestes simples qui permettent de protéger, alerter et secourir sur le lieu de l'accident. Parfois même, certaines personnes promptes à porter secours peuvent avoir en toute bonne volonté des gestes mal appropriés qui mettent en péril la vie des blessés et ce par simple ignorance des notions essentielles de sécurité.
C'est la raison pour laquelle il est urgent de renforcer la formation aux premiers secours ».
Le véhicule qu'ils proposaient était l'examen du Brevet en y intégrant une formation obligatoire aux premiers secours : le PSC1 ;
Avec les professionnels de santé nous partageons totalement cette idée qui permettrait de répondre à une double ambition : uniformiser cette formation au niveau national et d'autre part valoriser cet apprentissage dans le rattachement à un diplôme national.
Lors de l'examen du texte en commission vous avez (plusieurs députés de  la majorité) rejeté l'article 1er qui prévoit que l'obtention du brevet est conditionnée au suivi d'une formation de dix heures aux premiers secours, principalement sur 2 motifs.
Le 1er de ces motifs est que le brevet aurait pour seule vocation d'évaluer les acquisitions scolaires. On ne va certes pas ouvrir ici le débat sur les apprentissages à l'école  d'autant plus que je suis persuadé que ces mêmes  collègues ont une haute idée de l'école.

Mais tout de même, est il si incongru, baroque aurait J. GROPERRIN de prendre en compte  l'apprentissage de la civilité et l'adoption de comportements civiques et responsables dans une note de vie scolaire. Nous le savons ces apprentissages représentent des enjeux majeurs pour le système éducatif.
Le second motif invoqué est la crainte que cette disposition n'alourdisse le système et à ce titre l'intitulé de notre PPL a t'il pu troubler certains d'entre vous.
Sans doute aurait il été préférable de dire : prise en compte effective du suivi d'une formation aux premiers secours pour l'obtention du brevet.
On peut certes attendre que les objectifs de l'article L312-16 soient satisfaits, c'est le chemin que vous souhaitez emprunter, mais on peut aussi par la voie que nous vous proposons se donner les moyens de rendre les premiers secours obligatoires.
Cela aurait un sens, car tous les jeunes (ou presque) d'une même classe d'âge ayant bénéficié d'une formation PSC1 au niveau 4ème 3ème pourraient effectuer une remise à niveau sur les mêmes bases acquises quelques années plus tard à l'occasion de la journée Défense et Citoyenneté.
Ce serait alors la « piqûre de rappel »indispensable que plusieurs d'entre vous ont évoqué en commission.
Nous avons choisi, pour faire que cette obligation de formation soit satisfaite, de mettre au cœur du dispositif les volontaires engagés du Service Civique ayant reçu la formation nécessaire.
Il ne s'agit là en aucun cas de substituer les personnels formés de l’Éducation Nationale tout comme les organismes disposant de moniteurs diplômes. Il s'agit simplement, dans le prolongement de la loi instituant le Service Civique, que nous avons presque tous votée, de confirmer le lien entre éducation et citoyenneté. C'est à mon sens une priorité.
Des réserves ont été émises en commission concernant le cadre d'une convention avec les SDIS dès lors qu'ils ne sont pas assimilables à des associations ou fondations reconnues d'utilité publique. Soit ; que les conventions soient faites avec les Unions Départementales !
Mais que deviennent ces réserves alors même que dès à présent des engagés du Service Civique débutent des missions dans les services de police et de gendarmerie.
C'est le cas dans mon département où la mission en gendarmerie consistera en l'animation et l'éducation à la sécurité dans les collèges.
Les volontaires engagés dans un Service Civique pourraient donc faire de l'éducation à la sécurité et pas de la formation aux premiers secours. Cherchez l'erreur !
Mes chers collègues, sur cette question nous partageons les mêmes objectifs et au delà de quelques préventions de forme, nous pourrions, j'en suis persuadé, en adoptant cette PPL, permettre à l'ensemble des citoyens de ce pays d'être formé aux gestes qui sauvent.
C'est cela qui est important !"

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