Pascal Deguilhem
   

Dialogue social dans la fonction publique : La retraite des infirmières négociée dans la précipitation


Le gouvernement a décidé d'utiliser le projet de loi portant rénovation du dialogue social pour introduire des modifications législatives conséquentes : l’âge légal de départ à la retraite des infirmiers(es) passera de 55 ans à 60 ans en échange de leur entrée en catégorie A de la fonction publique, juste et légitime application de la réforme LMD.



Dialogue social dans la fonction publique : La retraite des infirmières négociée dans la précipitation
Le 25 janvier dernier, lors de l’émission « Paroles de Français » sur TF1, le Président de la République reconnaissait la pénibilité du travail des infirmières et assurait alors : "On en reparlera avec les syndicats parce que la pénibilité est un sujet extrêmement complexe". La méthode employée aujourd’hui par le gouvernement contredit ces engagements puisque l’ensemble de ce protocole d'accord a été accepté par un seul syndicat minoritaire.

Tous les autres syndicats se sont opposés aux mesures subrepticement introduites dans un projet de loi au moyen d’une lettre rectificative. Le coup de force du gouvernement est patent : cette lettre rectificative a été examinée en Conseil des ministres le 23 février, puis discutée en commission des affaires sociales le lendemain - les députés ayant à peine le temps de prendre connaissance du texte.

Cet empressement est d’autant plus incompréhensible que les concertations sur la réforme des retraites débuteront prochainement, et qu’une loi devrait être adoptée « dans les 6 mois » selon les déclarations du Président de la République. Faudra-t-il alors modifier ces mesures rendues caduques ? Pourquoi exclure aujourd’hui toute une profession de réflexions cruciales menées à l’échelle nationale et concernant tous les Français ?

Les députés socialistes ne partagent pas la curieuse conception du dialogue social du gouvernement et l’incohérence de sa méthode. La question de la retraite des infirmiers(es) et des professions paramédicales doit faire partie du débat général sur l’avenir des retraites, auquel doit s’ajouter la question de la pénibilité du travail qui ne peut en être dissociée. C’est pourquoi les députés SRC ont demandé  le retrait immédiat de cette lettre rectificative. Ils ont par ailleurs déposé un amendement de suppression de cet article pour dénoncer cette manœuvre.

Ce passage en force augure mal des promesses de dialogue du gouvernement à l’occasion de la réforme des retraites et contredit les déclarations du chef de l’Etat de mercredi 24 mars.