La seule réserve concerne le taux d’intérêt du prêt consenti à la Grèce : 5%. Il aurait été préférable sur tous les plans que les prêts soient accordés au taux le plus bas du marché. L’Europe n’est pas là pour tirer bénéfice des difficultés de ses membres ! Cette réserve ne nous détourne pas du principal : aider la Grèce. La solidarité est le principe fondateur de l’Union. Elle est aussi son intérêt en cassant la spéculation qui s’exerce, derrière la Grèce, contre toute la zone euro.
L’Europe a tardé
Lorsque la crise grecque a éclaté, l’Europe s’est divisée sur la réponse et n’a pas su envoyer un message de solidarité fort de nature à calmer les marchés financiers et à enrayer la course spéculative. Ses retards ont laissé se développer des risques de contagion, en révélant au grand jour les dysfonctionnements dont elle souffre : manque de réactivité, incapacité du Président de la commission à mener une action coordonnée, tergiversations du couple franco-allemand. L’Europe, en tant qu’espace politique de solidarité est encore à construire.
Cette situation donne raison à notre projet d’une gouvernance de l’Europe fondée sur la solidarité. La politique commune de la zone euro se résume pour l’heure aux critères de convergence fixés par le traité de Maastricht. Alors que le risque de contagion existe, que l’ombre d’une crise similaire plane sur le Portugal, l’Espagne et l’Irlande, la réponse européenne doit dépasser la funeste alternative dans laquelle l’Europe est en train de s’enfermer : chacun pour soi ou super plan d’austérité continental. Si elle veut exister face aux marchés financiers et retrouver la confiance de ses peuples, il lui faut construire une stratégie budgétaire, fiscale et industrielle qui rompe avec sa dominante libérale actuelle.
Malgré tout, l’Europe s’est heureusement reprise dernièrement. Le plan d’aide adopté par les pays de la zone euro donne quelque espoir : tous les pays de l’UE sont parvenus à se mettre d’accord sur un fonds d’assistance de 750 milliards d’euros. C’est enfin une bonne nouvelle pour l’Europe : de nature à rassurer les marchés, cette mesure historique a permis de sortir du chacun pour soi et de remettre en scelle le couple franco-allemand. Il faut aujourd’hui que chaque pays de la zone euro soit très vigilant à l’égard de sa dette publique, qu’il faut impérativement réduire.
La régulation du système financier n’a pas avancé
La moralisation du capitalisme et la refondation du système financier que l’on nous annonçait sont à l’évidence restées lettre morte. L’absence de réponse coordonnée pour donner corps à une véritable régulation économique et financière internationale conduit à une situation pour le moins choquante : les Etats, qui hier se sont endettés pour sauver les banques, se voient aujourd’hui attaqués par les marchés financiers, qui spéculent sur les dettes de ces mêmes Etats… Malgré les promesses réitérées du G20, aucune mesure de régulation n’a permis de casser les reins à cette frénésie spéculative.
L’attitude des agences de notation est elle aussi insupportable. D’une coupable indulgence à l’égard du comportement irresponsable des banques et des fonds spéculatifs qui ont provoqué la crise, elles ont attisé la panique des marchés en dégradant la note de la Grèce, du Portugal et de l’Espagne. Là encore rien n’a été fait depuis deux ans pour mettre fin aux conflits d’intérêts entre les agences de notation et les établissements financiers et mettre en place un système d’évaluation fiable et incontestable des entreprises et des Etats.
Aussi, maintenant que le plan de sauvetage a été adopté, « l’idée de taxer les banques ne doit plus faire frémir personne », comme le souligne Jérôme Cahuzac, président de la commission des finances et député socialiste. Cette nouvelle crise financière qu’a à affronter l’Europe doit aboutir à la mise en œuvre d’une taxation de la sphère financière et d’une fermeture des espaces spéculatifs.
Si la crise grecque a une vertu, c’est d’obliger l’Europe à se réformer en profondeur si elle veut peser sur la remise en ordre des échanges mondiaux.