Pascal Deguilhem
   

Contre les permis de prospection de gaz de schiste




Contre les permis de prospection de gaz de schiste
Au cours de l’année 2010, le ministre de l’écologie a accordé des autorisations exclusives de recherche pour l’exploitation des gaz de schiste dans plusieurs départements du sud de la France.
Compte-tenu des techniques d’exploitation utilisables (fracturation explosive, solvants chimiques, volume considérable d’eau), de tels projets auraient un impact écologique majeur sur les territoires concernés (pollution des nappes phréatiques, de l’air et des sols). Ils sont totalement incompatibles avec la lutte contre les gaz à effets de serre.../...
C’est pourquoi, conformément aux prises de position de nombreux élu(e)s socialistes dans les régions concernées, le pôle écologique du Parti socialiste demande la suspension des autorisations déjà données et la tenue d’un débat public large et pluraliste sur ces projets d’exploitation.


Contre les permis de prospection de gaz de schiste
La société 3LEGS Oil&Gas, dont le siège est situé à l’Ile de Man, paradis fiscal notoire, a déposé en août 2010 une demande de permis d’exploration dit « Permis de Cahors » pour prospecter une zone de plus de 5 700 km² sur cinq départements (l’Aveyron, la Dordogne, le Lot, et Tarn-et-Garonne et Tarn).

Le dossier est en instruction au ministère de l’écologie, de l’énergie, du développement durable et de la mer et pourrait être validé fin février. Après les promesses du Grenelle de l’environnement, il est stupéfiant de constater que ce ministère délivre ainsi des permis de polluer sans concertation préalable, sans information des élus et même sans études d’impact préalables dans des régions classées et à fort potentiel touristique.

On sait que cette exploration et l’exploitation qui suivra, est extrêmement polluante et destructrice de l’environnement. Elle nécessite une énorme quantité d’eau. Pour creuser un puits, il faut 10 à 15 millions de litres d’eau, et des centaines de puits sont nécessaires. Nos régions ne disposent pas de telles quantités d’eau disponible. De plus, les techniques utilisées présentent de grands risques de pollution des nappes phréatiques liés aux produits chimiques ajoutés à cette eau. Les nord-américains, qui exploitent déjà de nombreux puits, en ont fait l’expérience. Les nappes phréatiques proches des forages ont été polluées de deux manières : infiltration de gaz dans les réserves naturelles d’eau et infiltration des produits chimique.

Contre les permis de prospection de gaz de schiste
Impacts environnementaux de l'exploitation du gaz de schiste :

• Un premier problème est que - même s'il est globalement moins nocif que le pétrole pour l'environnement - le méthane fossile (CH4) (principal composant du gaz naturel) reste dans tous les cas un émetteur de CO2 quand il est brûlé.

• C'est de plus un des gaz à effet de serre dont l'augmentation dans l'air est préoccupante ; le méthane persiste moins longtemps dans l'atmosphère que le CO2 mais il est 21 fois plus puissant en termes de forçage radiatif (pouvoir réchauffant). Il pose donc problème s'il « fuit » dans l'atmosphère pendant ou après l'exploitation, par exemple à partir de puits mal colmatés en fin de production, ou mal étanchéifiés durant le fonctionnement de l'installation sous très haute pression. Il semble qu'à ces pressions, le gaz désorbé du charbon ou des schistes puisse migrer et se solubiliser en quantité non négligeable dans les nappes, pour éventuellement dégazer dans le réseau d'eau potable et être évacué par les robinets domestiques.

• Certains remettent en cause le bilan global de cette source d'énergie fossile, en termes d'émission de gaz à effet de serre. Ainsi, une étude du professeur Robert W. Howarth de l'Université Cornell en 2010 a conclu qu'une fois calculé l'impact des émissions fugitives de méthane dans le cycle de vie, les émissions de gaz à effet de serre (GES) produites par les gaz de schiste seraient pires que celles du charbon et du mazout.

• Le bilan environnemental et, en termes de développement soutenable, des techniques (récentes) d'extraction par forage horizontal et ou vertical avec fracturation hydrosiliceuse, souvent jusqu'à plus de 1 000 m de profondeur, est lui-même très discuté.
On ne disposait en 2010 que d'environ trois ans de retour d'expérience du stade industriel de ce type d'exploitation, et les impacts profonds sont difficiles à observer, de même que les impacts différés dans l'espace et le temps sont difficiles à modéliser et prévoir, faute de données publiées.

• Des produits chimiques sont ajoutés à l'eau sous pression (1 % du volume d'eau au maximum selon les opérateurs), ainsi que du sable, pour faciliter le processus de fracturation du sous-sol pour libérer le gaz naturel afin de le rendre plus perméable. Les produits chimiques sont de trois types :
- des biocides (destinés à réduire la prolifération bactérienne dans le fluide et dans le puits (Remarque : certaines bactéries sont méthanotrophes ou peuvent se nourrir dans les milieux riches en hydrocarbures) ;
- des lubrifiants qui favoriseront la pénétration du sable dans les microfailles ouvertes par la pression de l'eau ;
- des produits (type détergents) augmentant la désorption du gaz et donc la productivité des puits (mais contribuant aussi à l'apport de substances organiques dissoutes dans l'eau.)

• Le processus d'injection sous très haute pression (700 bar en général) produit en profondeur des micro-séismes induits, répétés dans l'espace et dans le temps.

• Des volumes importants d'eau peuvent être contaminés par les produits chimiques injectés, mais aussi par les sels dissous lors du processus (métaux lourds, arsenic, sulfates, carbonates et éventuels radionucléides provenant notamment du radon et de l'uranium naturellement présent dans le sous-sol).

• De plus la production de chaque puits diminue rapidement. Il faut alors (après quelques dizaines de mois) l'abandonner et en forer de nouveaux à quelques centaines de mètres de distance ; chaque opération nécessitant l'injection d'au moins 10 à 15 000 m3 d'eau à haute pression et de sable, ce qui peut poser problème dans les régions où l'eau douce manque déjà en été ou toute l'année). Une densité de plusieurs puits par km2 est déjà atteinte aux USA sur les sites exploités de 2007 à 2010. Le réseau de gazoducs locaux doit s'adapter à la configuration changeante dans le temps du champs d'exploitation. Il faut terrasser, construire des routes et pistes pour l'accès aux engins, enfouir un réseau de tuyaux (gazoduc), ce qui est source d'impacts écopaysagers importants.

Une exploitation de gaz de schiste comment ça marche ?

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