Pascal Deguilhem
   

Cérémonie des voeux - La Fabrique - Saint Astier


Voici l'intégralité de mon discours.



Cérémonie des voeux - La Fabrique - Saint Astier
"Chers amis,

Tout d’abord, merci de votre présence nombreuse pour ce moment de convivialité dans cette Fabrique remarquablement rénovée et modernisée, que Jacky Monmarson met à ma disposition chaque année. Cela me permet de vous accueillir dans les meilleures conditions. Je veux t’en remercier vivement Monsieur le Maire ainsi que le conseil municipal et l’équipe de la Fabrique.

En cette nouvelle année, je tiens a adresser à chacune et chacun d’entre vous vous mes vœux les plus chaleureux et amicaux.

En 2010 j’avais formulé devant vous des vœux de résistance. Ils n’ont rien perdu de leur actualité.
Le motif de base de la Résistance c’était l’indignation alors comme beaucoup j'emboîterais le pas de Stéphane HESSEL tant les raisons de s’indigner sont nombreuses.
S’indigner pour ne pas fermer les yeux, pour ne pas subir, pour agir afin que chacun puisse trouver sa place dans une société plus juste et plus fraternelle.
S’indigner, c’est réaffirmer sans cesse notre soif de solidarité et l’impérieuse nécessité d’en protéger les piliers.

2011, année de la solidarité : « la grande chose de la démocratie » disait Victor Hugo.
En le disant, je pense à toutes celles et à tous ceux qui sont dans la difficulté, dans la solitude, dans les souffrances de santé, sans papiers, celles et ceux qui ont perdu leur emploi, qui galèrent pour en retrouver un et souvent entrent dans le cycle infernal de la précarité.

Dès lors que souhaiter de plus urgent en 2011 ?
Que la crise, la pauvreté et les injustices reculent ? Que l’emploi, les revenus et le vivre ensemble s’améliorent ? Que la paix, la santé et le bonheur progressent ? Que l'intérêt général prime sur les intérêts particuliers?
« Il ne peut y avoir ni vraie liberté ni justice dans une société si l’égalité n’est pas réelle » nous dit Condorcet.

Nous en sommes loin et si les responsabilités sont évidemment partagées je suis très critique à l’endroit de nos gouvernants actuels.
Ce pouvoir a choisi de ne plus protéger tous les Français et plus largement les citoyens qui vivent dans notre pays.
Il ne peut se retrancher sans cesse derrière le contexte de crise internationale.
Personne ne peut se réjouir -et pour quels bénéfices !- qu’au cours de l’année 2010 la République ait été à ce point malmenée et abîmée par une politique de régression qui remet en cause la cohésion sociale et la solidarité dans notre pays.
8 millions de Français en dessous du seuil de pauvreté, 2 millions d’enfants pauvres, un quart de nos jeunes au chômage : c’est insupportable !

La baisse du pouvoir d’achat, l’augmentation du chômage à plus de 10 %, les difficultés pour se loger désespèrent nos concitoyens inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants.
Le droit à l’éducation et à la formation remis en cause, tant par la suppression de moyens, que par la doctrine empruntée ; la confirmation de l’instauration d’une santé à 2 vitesses, les fondements laïques de notre République bafoués, une contre réforme territoriale affaiblissant les territoires garants du maintien du lien social et du développement local.

La liste est longue, je n‘aborderais que quelques points !
Je retiendrais que 2010 aura vu l’adoption d’une injuste loi sur les retraites et en même temps inefficace pour assurer la pérennité de notre système.
Nous avons combattu (l’opposition parlementaire) ce projet de loi, tant sur le fond que sur sa forme brutale.
Nous n’avons pu sauver grand chose !
Je pense notamment à celles et ceux d’entre nous qui ont commencé à travailler jeune et qui seront obligés d’attendre jusqu’à 62 ans ; ils cotiseront plus que d’autres. Je pense aux femmes qui ont eu des carrières interrompues parce qu’elles ont élevé leurs enfants mais aussi parce qu'elles subissent le plus souvent le temps partiel dans leur emploi et qui seront obligées d’attendre 67 ans pour avoir leur retraite à taux plein.
A l’automne la mobilisation citoyenne dans la diversité de ses composantes (partis, syndicats, mouvements associatifs…) a été exemplaire et responsable ; elle engage les responsables politiques pour les années futures dans la recherche de solutions alternatives qui ne fassent pas uniquement peser sur les seuls salariés le financement des retraites.

Injustice toujours avec les franchises médicales et les déremboursements qui n’assurent plus le droit à la santé pour tous, intolérables les dépassements d’honoraires indécents ! Inquiétante l’absence de réponses ou de recherche de solutions face à la progression des déserts médicaux en particulier dans les territoires ruraux comme la Dordogne.

Oui l’année 2010 aura creusé les écarts entre nos concitoyens !

Jamais, en ce début d‘année 2011, l’écart entre les plus pauvres et les plus riches n’aura été aussi important dans notre pays.
Après le pic de la crise, on avait promis aux français, les yeux dans les yeux, de s’attaquer aux bonus, aux traders, aux paradis fiscaux, aux rémunérations démesurées, aux parachutes dorés. Rien n’a été engagé bien au contraire !
Le premier signe aurait été de renoncer au bouclier fiscal dont chacun sait ici qu’il protège les plus fortunés et qu’il ne sert pas l‘économie de notre pays.
Les grandes fortunes, le système bancaire, le capitalisme financier ont non seulement été protégés mais ils se sont enrichis en 2010.
Lors de l’insurrection populaire qui conduisit à la commune de Paris il y a 140 ans, Jean VAUTRAIN écrivait : « Faut-il donc attendre que les pauvres soient si pauvres qu’il ne leur reste que la révolte ? ».
Autre époque diront certains… peut être ! Mais l’idéal égalitaire et universaliste demeure et ne peut s'accommoder d’une politique économique et sociale brutale qui enfonce chaque jour davantage de Français dans la précarité.
Pourtant notre pays est riche, il a un potentiel d’innovation, une soif de liberté et de vivre ensemble, une volonté d’égalité.
Face à la dictature des marchés financiers qui doit être combattue, les questions sociales demeurent centrales, elles sont les questions d’avenir.
Je fais ici un nouvel emprunt à Victor HUGO qui dans un discours de 1846 disait « une nouvelle ère s’ouvre, l’ère des questions sociales que j’appellerai volontiers les questions populaires. Le travail, le salaire, l’éducation, la répartition des jouissances, la dette du bien être payée aux travailleurs par les gouvernants, voilà les questions qui ont l’avenir désormais ».

Pour ce qui est de l'avenir immédiat, j’en évoquerai une puisque dans les mois qui viennent sera ouvert le débat sur la dépendance et donc sur la réforme de sa prise en charge.
Chacun, chacune d'entre nous est concerné par cet enjeu de société.
Soit le choix de la solidarité est retenu avec la création d'une 5ème branche de la Sécurité Sociale, soit la préférence du gouvernement pour la généralisation de l'assurance individuelle contre la perte d'autonomie est confirmée.
A l'évidence les populations les plus fragiles, les retraités les plus modestes et ils sont nombreux dans notre département, ont tout à craindre si le parlement confirmait l'approche gouvernementale.
Pour ma part et avec mes collègues parlementaires de l'opposition nous défendrons la création d'un nouveau contrat social fondé sur une véritable solidarité entre les générations.
Il nous faudra la défendre aussi au sein de chaque génération.

Sur le terrain de l'emploi bien sur !
Quand le chômage a augmenté de 7 % en un an, soit 4.300.000 demandeurs d'emploi (toutes catégories confondues) fin 2010, quand le chômage de longue durée s'alourdit considérablement, quand les jeunes n'accèdent pas au premier emploi, la charge récente contre les 35 heures par messieurs COPE et JACOB est indécente.
C'est la lutte pour l'emploi qui devrait être une réelle priorité et non la destruction systématique des acquis sociaux et l'abandon du service public de l'emploi.
Je sais qu'il y a dans la salle des salariés licenciés de Marbot Bata, je veux saluer leur détermination et leur courage.
Leur lutte se termine à Pôle Emploi et nous savons leur difficulté pour trouver une formation, financer leur transport, pour imaginer leur avenir après 25 ans d'usine quand le groupe continue de faire ailleurs de confortables bénéfices.

J'émets le vœux bien que j'en doute que 2011 permette d'infléchir cette société de la concurrence généralisée qui fragilise les individus, favorise les exclusions et renforce les préjugés.
Si on ajoute, comme cela a malheureusement trop souvent été le cas en 2010 la question identitaire, dans une société qui doute d'elle même, on en arrive à des débats malsains sur l'identité nationale.
Alors que la diversité des composantes de notre société est une richesse, la stigmatisation des étrangers en tant que communauté touche à l'indignité; cela renforce le sentiment d'exclusion particulièrement chez les jeunes des milieux populaires.

Le risque serait en 2011 que l'approche de l'élection présidentielle provoque une surenchère dans l'instrumentalisation de cette question.
Je fonde donc l'espoir que 2011 nous préserve des dérives nationalistes. Non seulement en France mais partout ou les démocratie sont fragilisées tant par la désespérance que par des pouvoirs autoritaires qui ont perdu de vue l'intérêt général.

C'est en n'abandonnant pas le terrain de l'école, du droit à l'éducation pour tous, inscrit dans la constitution, que nous pourrons combattre à la fois ces dérives et les déséquilibres sociaux.
N'en déplaise au ministre CHATEL, la question des moyens est centrale.
Trop de fermetures de postes d'enseignants et de personnels dans les établissements; trop de précarité aussi. La réforme de la formation des enseignants a été mal conduite dans la précipitation. Elle va fragiliser davantage une profession en prise directe avec une société fracturée.
La semaine des 4 jours scolaires, voulue par Xavier DARCOS est un échec, elle pénalise les élèves en difficulté et les familles modestes. On a laissé en suspens la question des méthodes et des contenus; on veut maintenant s'attaquer au statut et plus largement celui des fonctionnaires, alors que servir l'école laïque et républicaine c'est servir l'intérêt général et un idéal d'égalité devant la connaissance.
Je souhaite ardemment que 2012 permette une véritable refondation de l'école car malheureusement pour 2011...!

D'ailleurs plus que jamais et comme pour le service public d'éducation, ce sont tous les services publics qui doivent être protégés.

Nous connaissons bien ici, en milieu rural, l'importance d'une réponse publique de proximité à la satisfaction des besoins des populations. C'est la seule capable d'y répondre, certainement pas la mise en concurrence ou l'ouverture du marché.
Donc il faut s'indigner contre la réduction de la présence postale (le Pizou, Razac, Saint Léon...) contre la disparition de l'agence EDF de Mussidan, contre la disparition totale à venir des personnels SNCF à Montpon et Saint Astier que sais-je encore !
Ce qui est nécessaire pour les populations est en même temps indispensable pour l'activité économique de nos territoires dont je tiens à saluer les acteurs, artisans, agriculteurs, chefs d'entreprises.
Fruit de l'action publique et du Conseil Général en particulier, le désenclavement progressif de notre département sera porteur d'avenir à la condition que notre territoire ne soit pas affaibli par un traitement déséquilibré des territoires.
C'est la responsabilité de l'Etat et sur ce point et la réforme fiscale et la réforme territoriale votée en 2010 n'apportent pas les réponses nécessaires.
Nous avons eu maintes fois depuis l'automne l'occasion d'exposer nos arguments, partagés je dois le dire par une majorité de nos concitoyens, je ne les développerai pas ici.

Les prochaines échéances cantonales, dans quelques semaines (qui concernent 3 cantons dans notre circonscription) nous permettrons à nouveau de dénoncer cette absurdité. Qui met un coup d'arrêt à la décentralisation voulue par le 1er gouvernement de François Mitterand.
Je forme d'ailleurs le voeu que ce 30ème anniversaire inspire non seulement le PS mais la gauche toute entière. Sa responsabilité, au delà des primaires, est bien de proposer le meilleur projet alternatif. Un projet qui redonne de l'espoir, dans une société fortement marqué par le pessimisme, qui ai de l'ambition pour tous, fondateur d'une véritable transformation de la société, d'un véritable changement de modèle de développement.

Je goûte assez peu les combats de personnes, souvent stériles; je leur préfère les confrontations de projets politiques à la fois crédibles et capables d'entraîner un élan populaire.
Le projet d'avenir que je souhaite (avec d'autres bien sûr) fait prioritairement la synthèse entre le social et l'écologie.
Ce n'est ni un simple verdissement des inégalités, ni la seule remise en cause du libéralisme sauvage et sa religion du profit.
C'est l'affirmation d'une responsabilité politique, assumée face aux jeunes générations, pour nous engager sur la voie d'un changement de nos modes de production et de consommation.
D'ailleurs pour celles et ceux que cette question intéresse, ils pourront parmi d'autres lectures, se procurer les actes de notre colloque 2010.
J'y ajouterai volontiers (et je ne m'excuse pas d'en faire la publicité) le remarquable travail de synthèse réalisé par la Ligue de l'Enseignement : Faire Société (15 pages – 1 €).
En rappeler les principes essentiels, renouveler les idées et les pratiques pour s'engager avec confiance dans l'avenir.

En disant cela, en ce début d'année 2011, c'est au peuple Tunisien confronté aux défis de la liberté retrouvée que je pense.
Qu'il sache que nous sommes à ses côtés et qu'il est pour nous une marque d'espoir pour cette année qui s'ouvre.

Je vous remercie."

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